L'affiche

Une heure, un texte

Un atelier ludique d’écriture

L’atelier ludique d’écriture, animé par Philippe Ethuin, a lieu dimanche 23 octobre 2016 dans le cadre du festival Scorfel. Jouer avec des dés, des cartes, des pions certes… mais avec des mots c’est possible aussi !

Nous sommes dix, âgés de neuf à… le demi-siècle n’était pas loin mais chut !.. nous avons tous gardé notre âme d’enfant, à participer à « Une heure – un texte » dans le partage et la bonne humeur.

La proposition d’écriture repose sur des mots choisis par les participants puis complétés par association d’idée(s).

Liste de mots
Le début de l'histoire (Crédit : Philippe Ethuin)

Chaque participant retient ensuite dix mots pour écrire son histoire parmi tous ceux proposés par les participants… Nous allons pouvoir commencer à écrire… Mais patatras, le sadique animateur nous retire nos mots sélectionnés avec soin afin de les passer à notre voisin. Nous nous retrouvons donc avec une liste imposée.

Comme déclencheur, le début d’un roman de Charles Le Goffic intitulé L’Erreur de Florence (1904) réédité sous le titre de Croc-d’argent (1922) nous plonge au cœur de la Bretagne :

« Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez - Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : … »

Introduction
Les mots de l'atelier (Crédit : Philippe Ethuin)

Nous avons tous, animateur compris, produit une petite histoire (même si la règle des dix mots n’a pas été respectée par tout le monde… mais les règles sont faites pour être transgressés !).

Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à nous lire que nous en avons eu à les écrire !

Catégorie enfants

Le texte de Lila (9 ans)

Mots imposés : tribu, cheval

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez - Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon :

« On devrait se dépêcher de rejoindre la tribu avant qu’il fasse nuit » lui lança-t-il soudain.

Mais Pontus freina son cheval.

« Qu’est-ce que tu as ? lui demanda-t-il en le rejoignant.

— Viens voir Kernéguez ! » dit-il à voix basse.

Kernéguez écarquilla les yeux…

Le texte d’Elena (11 ans)

Mots imposés : marée, grand, chêne, oiseau, nuit, galop

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau…

Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : il commençait à disparaître comme quand la mer descend à marée basse ! Pontus, en voyant son compagnon le regarder se regarda aussi et poussa un grand cri :

« Au secours ! On disparaît !

— Moi aussi ? »

Les deux compagnons, remplis de peur, se mirent à courir tout droit devant eux sans jamais s’arrêter. Au bout d’une demi-heure de course, Kernéguez se cogna dans un chêne. Boum ! « Aïe, ma main ! Hé ! Pontus, on commence à reprendre des couleurs… »

Une grande créature descendit d’un arbre et vint se poser juste à côté des pieds de Kernéguez.

« Qui a dérangé mon arbre et mon sommeil ? demanda un oiseau coloré.

— C’… c’est moi, Kernéguez. C’est moi qui a dérangé ton arbre. Je suis vraiment désolé.

— Ce n’est rien…

— Juste… où sommes-nous ? demanda Pontus.

— Ah, ça c’est un secret… »

La nuit commençait à tomber et Kernéguez et Pontus ne savaient toujours pas jusqu’où ils avaient couru. Tout d’un coup, ils entendirent des bruits de galop venus du fond de la forêt qu’il y avait en face. Une sorte de licorne accourait, essouflée, elle demanda à l’oiseau : « Que se passe-t-il chef ? Pourquoi l’alarme a retenti ? »

Elle aperçut Pontus et Kergnéguez et comprit.

« C’est la faute de ces deux coquins, Kernéguez et Pontus, qui sont entrés dans notre domaine.

— Vous connaissez nos noms ? » demandèrent-ils en coeur.

L’oiseau et la licorne se mirent à rire.

Le texte d’Ana (12 ans)

Mots imposés : cheval, crinière, forêt, arbre, lumière

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : son cheval Pontus boîtait et cela l’inquiétait.

Le noir commença à s’emparer du sous-bois où ils se trouvaient ainsi qu’un froid de loup qui fit frissonner les deux voyageurs. Pontus s’essoufflait mais il continuait à avancer malgré sa patte folle et la fatigue de cette longue journée de marche.

« Arrêtons-nous pour nous reposer, déclara soudain Kernéguez, tu tombes de fatigue, Pontus.

— Mais… pas question, hennit l’animal en secouant sa longue crinière argentée. Nous avons une mission, un but ! Nous ne pouvons prendre le moindre retard ! Et je n’ai pas vraiment envie de passer la nuit dans une forêt infestée de loups et de trolls !

— Ah oui… les trolls, grommela Kernéguez. Bon, reste ici, je vais monter dans un arbre et voir s’il y a une maison à proximité pour y passer la nuit ! »

Pontus acquiesça et son cavalier descendit de son dos. Kernéguez choisit un grand sapin et, prudemment, monta au sommet. Rien. Que du noir. Il guetta et aperçut enfin une lumière à l’horizon.

Le texte de Gaëlan (14 ans)

Mots imposés : noble, amour, forêt, automne, biche, elfe, symbole

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : Pontus n’était autre qu’un chevalier. Kernéguez et Pontus entretenaient un lien d’amitié très fort.

Kernéguez prit la parole : « Mon bon ami, je pense qu’il serait judicieux de poursuivre notre escapade dans les bois, nous n’aurions ainsi aucune chance d’être surpris par des bandits.

— Si cela vous met en joie, je n’y vois pas d’inconvénient, rétorqua Pontus d’un air noble.

— Mon cher Pontus, je ne voudrais pas retarder notre voyage. Ce soir, j’ai pour projet de déclarer mon amour à dame Lucrèce. Aujourd’hui est un grand jour.

— Bien, bien ! Faites donc mon ami ! Dépêchons-nous alors ! » acquiesça Pontus.

Ils empruntèrent donc le chemin de la forêt. C’était l’automne, la saison préférée de Monseigneur Kernéguez.

Ils observaient tous deux ces splendides paysages automnaux quand, soudain, ils eurent la chance de croiser le chemin d’une biche.

Kernéguez s’exclama : « Oh ! Quelle chance nous avons là ! »

Mais notre bon vieux Pontus ne semblait pas être enthousiasmé par ce qui se révélait être une licorne sur laquelle trônait une créature aux oreilles pointues. C’était un elfe ! Le symbole des peuples celtiques.

Catégorie adultes

Le texte d’Allan

Mots imposés : licorne, elfe, cabane, ivresse, initiation, saule, galoper, étoile, verdoyant

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : « Ton ivresse va-t-elle donc finir par s’estomper ? demanda Kernéguez.

— Oui, mais j’ai fait des rêves étranges, j’ai vu bien des licornes, répondit Pontus.

— Des licornes ?

— Oui elles semblaient irréelles, galopant sous les étoiles, chevauchées par des elfes.

— Tu as fait un rêve-de-licornes-galopant-sous-les-étoiles-chevauchées-par-des-elfes (mot composé en breton) ? Le moment est venu pour toi d’être initié à nos rites. »

Le soir venu alors dans les ruines sacrées de Lannion, Kernéguez coupa quelques saules et au creux d’un abribus bâtit une cabane au milieu d’un parking qui avait verdoyé.

« Ce n’était pas censé être une tente de sudation ? demanda Pontus.

— Hélas ! Cette technologie est à jamais perdue, répondit Kernéguez en allumant le feu avec son pistolet à plasma. »

Le texte de Jack

Mots imposés : irréel, maléfique, conte, sourire, ami.

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : « Tu as l’air bien soucieux ? dit-il.

— Les oiseaux se sont tus. »

Kernéguez eut l’air surpris. Il tourna la tête, et scruta le sous-bois. « C’est étrange mais je ne vois rien de maléfique. Et toi ? »

Pontus lui intima le silence d’un geste sans équivoque. Kernéguez qui était d’un naturel plutôt bavard et joyeux commença à se sentir mal à l’aise. Pontus descendit souplement et sans bruit de son cheval, fit quelques signes à son ami en lui remettant la longe et s’avança discrètement dans les taillis.

Quelques minutes s’écoulèrent puis, soudain,… il ne se passa rien. Kernéguez commença à triturer son croc de nervosité. Il entendit alors de vagues bruits de sabot puis Pontus réapparut accompagné d’une magnifique licorne. Kernéguez se détendit et dit avec un sourire : « Ma parole, c’est un vrai conte de fées ! Où as-tu déniché cette créature irréelle ? ».

Le texte d’Elisabeth

Mots imposés : symbole, licorne, forêt, nature, amour, initié, astres, lune

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau… Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : on lui avait mis une sorte de symbole en forme de licorne car on lui avait tranché le poignet dans une bataille. C’était pour son bien-être.

C’était du rêve à l’époque car cela ne s’y prêtait guère. En plus, il vivait loin et reclus danse une immense forêt dans de sombres nuits nocturnes et étranges.

L’amour de la nature lui était venu par son père, plus jeune.

Il s’y était initié et en même temps à tous les astres et appris les étoiles et la lune.

Le texte de Gaëlle

Mots imposés : joyeuse, automnale, lune, elfe, tribu, rêves, astre, racines, arbres, créatures

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau…

Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : habituellement bavard et d’humeur joyeuse, le jeune homme était étrangement silencieux en cette fin de nuit automnale. La lune était encore haute dans le ciel et sa lumière froide dessinait, sur le visage de Kernéguez, des ombres singulières. L’initiation avait été rude pour le jeune elfe. Arkos, le devin de la tribu, lui avait prédit une quête fructueuse mais pleine d’embûches.

Laissant son compagnon à ses rêves éveillés, Kernéguez observait le chemin qu’ils suivaient au milieu de la forêt. L’astre nocturne éclairait les racines des arbres centenaires qui ressemblaient aux membres distordus de créatures maléfiques.

Le texte de Dominique

Mots imposés : chêne, cheval, forêt, tribu, banquet, conte, biche, elfe, lune

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau…

Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : il n’avait pas lâché un mot depuis trois heures qu’ils cheminaient et, dans les rares instants où les chênes se faisaient silencieux, il pouvait distinctement l’entendre grincer des dents.

Il faut dire qu’il y avait de quoi : voyager paisiblement ainsi aux côtés de celui à qui il avait fait la guerre depuis qu’il avait l’âge de tenir sur un cheval. Oui mais voila, la paix avait été conclue entre les peuples habitant la forêt de Brocéliande et Pontus allait représenter sa tribu au banquet célébrant l’harmonie retrouvée entre korrigans, elfes, humains et tous les autres. Un vrai conte de fées !

Soudain, du bruit dans les fourrés couvrant le talus à droite du chemin. Les traîtres ! c’était un piège mais Kerneguez allait payer. Pontus dégaina en un éclair sa fidèle épée et leva le bras pour frapper lorsqu’une magnifique biche traversa le chemin dans le clarté lunaire. Elle s’enfuit aussitôt d’un bond, presque aussi effrayée que les deux voyageurs. Pontus haussa les épaules, laissa tomber son épée au sol et poursuivit sa route.

Le texte de Philippe

Mots imposés : tribu, secret, palefrenier, bosquet, banquet, elfe, créature, maléfique, ivresse

Kernéguez et Pontus suivaient en silence la petite voie […] qui débouche […] sur l’ancienne toute de Carhaix à Landerneau…

Kernéguez-Croc d’argent, comme on l’appelait en raison de l’étrange main artificielle qu’il s’était fait adapter au poignet droit […] observait depuis quelques minutes son compagnon : que faisait un fils de la louve sur le territoire antique de sa tribu. Depuis bien des siècles la fédération armoricaine avait non seulement contenu mais aussi repoussé les Romains vers le sud. Les Vénètes dominaient la grande mer du couchant. Les Parisii et ses Nautes s’étaient ralliés à la fédération plus par intérêt que par envie… normal pour des Parisii. En échange, ils pouvaient partager le secret des routes commerciales de l’ouest où se trouvaient de riches territoires.

Mais ce Pontus, sénateur romain, ne pouvait s’être égaré si loin des routes habituellement empruntées par les diplomates. Qui plus est seul, sans même un palefrenier.

Au détour d’un bosquet, Kernéguez tenta d’engager la conversation. En vain. Pontus n’était manifestement pas bavard. Vraiment quelque chose ne collait pas. Ils ne sont pas fous ces Romains. Leur rationalité les a même perdus. Ils auraient pu conquérir tout le monde connu. Ne pas croire aux elfes, aux dragons, aux sirènes,… les avait empêchés, il y a bien longtemps, d’apprivoiser et d’utiliser ces créatures qui composaient maintenant l’essentiel des forces armées armoricaines. Rome avait raté sa chance de s’imposer au monde.

Pour Kernéguez, une seule raison pouvait pousser Pontus à s’aventurer si loin en territoire ennemi : découvrir Ker IS. A la pensée que de maléfiques Latins puissent l’atteindre, de sa main artificielle, il serra le pommeau de de épée. Les druides celtes, capables de toutes les prouesses technologiques, pouvait réparer les êtres humains comme les machines alors que les Romains végétaient depuis des siècles avec des techniques obsolètes. Depuis son initiation, Kernéguez connaissait une partie des pratiques druidiques et s’étonnait sans cesse de ce qu’ils continuaient à inventer.

Il savourait l’ivresse du combat à venir, celui lui vaudrait sans doute un banquet. Supprimer Pontus serait facile mais ne valait-il pas mieux d’abord découvrir ses réelles motivations ?..

Les auteurs
Photo souvenir (Crédit : Philippe Ethuin)